LA COMMUNION DANS LA VIE CONSACREE



LA COMMUNION DANS LA VIE CONSACREE
SELON LA LETTRE APOSTOLIQUE "A TOUS LES
CONSACRES
" DU PAPE FRANçOIS


(Lettre adressée à l'occasion de
l'année de la Vie Consacrée 30 nov. 2014-02 fevr. 2016


 


P. Innocent Hakizimana, ocd


 

 

Dans la Grèce antique, le mot communion-koinonia (communauté) dérivait du verbe koinè, qui signifie participer. Dans le système politique grec, on attribuait beaucoup d'importance à la communauté.
D'où l'expression bien connue : la koinonia est tout. Pour que la communauté puisse être solide, il fallait aussi attribuer l'importance à ses membres pour éviter la diffusion d'un sens d'oppression de la part de la communauté. Le bien de la communauté doit être le bien de ses membres. La communion signifiait, donc, la participation volontaire et réciproque au bien de la communauté et de ses membres.


-La koinonia est aussi utilisée dans le Nouveau Testament, surtout, par saint Paul, dans la Première Epitre de Jean et dans les Actes des Apôtres. Chez saint Paul, la communion est : la relation avec Dieu (Eph 3, 9), la relation avec Jésus Christ (1 Cor 1, 9) ; la relation avec l'évangile (Ph 1, 5), la relation dans le partage de l'eucharistie (1 Cor 10, 16), la relation avec les frères ou union d'esprit (Ph 2, 1), la contribution économique et l'assistance aux frères qui sont dans le besoin (Rm 15, 26).


Dans les Actes des Apôtres, Luc explique communion dans le récit sur la communauté de Jérusalem où les disciples vivaient dans la communion fraternelle (Ac 2, 42). Dans la Première Epitre de Jean, le mot communion est utilisé surtout dans la relation avec le Christ (1 Jn 1, 6) et la
relation fraternelle (1, Jn 1, 7).


A partir de ces données, l'on peut conclure que la communion est une relation fondée sur la volonté de la personne d'être en relation avec d'autres réalités (Dieu, les hommes, soi-même, la nature...) en vue d'un bien commun. Dans le contexte de la foi, la communion est une relation qui a son origine en Dieu, enracinée dans le cœur du croyant (avoir le même cœur, le même esprit...) pour être en relation avec Dieu, avec l'Eglise, avec la communauté humaine et la nature en vue d'un bien commun.


1.   La communion avec le passé de l'Institut


-Dans sa Lettre aux consacrés, le Pape présente communion avec l'histoire comme l'un des aspects importants dans un Institut de vie consacrée. Il s'agit d'avoir la conscience de la nécessité de connaitre et d'apprendre de son histoire pour comprendre le présent. La connaissance de l'histoire ne se limite pas à la capacité de raconter les événements passés. Elle est, plutôt, la recherche de comprendre leur sens, leurs richesses spirituelles et leur contribution au bien de l'Institut, de ses membres, de l'Eglise et de la société. La communion avec l'histoire est nécessaire pour garder l'identité et le sens d'appartenance à l'Institut : « Raconter son histoire, affirme le Pape, est indispensable pour garder vivante l'identité, comme aussi pour raffermir
l'unité de la famille et le sens d'appartenance de ses membres. Il ne s'agit pas de faire l'archéologie ou de cultiver des nostalgies inutiles, mais bien
plutôt de parcourir à nouveau le chemin des générations passées pour y cueillir l'étincelle inspiratrice, les idéaux, les projets, les valeurs qui les ont
mues... ». -L'événement auquel il faut prêter plus d'attention è, évidement la fondation et la personne du Fondateur. Cela explique la nécessité d'être toujours en communion avec le Fondateur. Il est celui qui a reçu le don de l'Esprit Saint (le charisme), qui l'a vécu, qui a invité
les premiers membres à partager ce don avec lui au service de l'Eglise.


Etre en communion permanente avec le Fondateur, au moyen de la lecture et la réflexion sur ses écrits, permet aux consacrés d'assimiler et d'intérioriser le charisme et de bien orienter la mission spécifique de l'Institut ; et ainsi éviter les possibilités de dispersion ou de déviation, surtout, dans des moments difficiles.


La communion avec le Fondateur permet de comprendre aussi le sens de sa consécration au Christ dans une forme de vie particulière. Avant de penser à la fondation, il s'est identifié avec Jésus Christ dans une situation concrète de sa vie sur la terre où il a manifesté l'amour du Père. Dans ce sens, le fondateur est un médiateur pour les membres de son Institut. Par lui, les consacrés s'identifie aussi au Christ : « Nos fondateurs et nos fondatrices ont éprouvé en eux la compassion qui prenait Jésus quand il voyait les foules comme des brebis dispersées sans pasteur. Comme Jésus, mû par cette compassion, a donné sa parole, a guéri les malades...de même les Fondateurs se sont mis au service de l'humanité à qui l'Esprit les envoyait selon les manières les plus diverses ».


-La communion avec l'histoire exige aussi la connaissance des différentes générations qui se sont succédées jusqu'à nos jours. Etre en relations avec les générations passées, en particulier, la première permet de mieux l'esprit du Fondateur et le charisme. Ce sont les premiers consacrés qui ont vécu avec le Fondateur et qui connaissent le contexte social et les nécessités qui ont poussé le Fondateur à commencer l'Institut.


-Les générations successives sont aussi une richesse. Leur connaissance permet de découvrir l'évolution du charisme dans l'histoire selon le changement des époques et des cultures. La communion avec les générations passées aide à connaitre les formes d'adaptation du charisme, valeurs
spirituelles nouvelles qui ont enrichi le charisme et les erreurs commises et leur impact négatif dans la vie de l'Institut.

Par la connaissance de l'évolution du charisme dans l'histoire, on apprend aussi à interpréter les traditions de l'Institut, en conservant celles qui expriment le charisme et en abandonnant celles qui ont perdu leur signification pour la société actuelle. L'actualisation et l'interprétation des traditions permettent de communiquer l'amour de Dieu aux contemporains par un style de vie compréhensif. Scruter le passé, c'est chercher, ce qu'il faut conserver et ce qu'il faut modifier pour le présent, et chercher ce qui peut inspirer les initiatives et les orientations concrètes pour construire l'avenir.

 

2.   La communion avec le présent


Dans sa Lettre, le Pape François parle du fondement de la communion dans la vie consacrée, indépendamment des cultures. La communion est, en premier lieu, fondée sur la relation avec le Christ. En effet, la profession des vœux signifie le don de soi à Jésus Christ et l'engagement à vivre une relation d'amour avec Lui. En parlant du présent, le Pape interpelle les consacrés sur la conformité de leur vie à leur engagement à vivre une relation permanente avec Jésus Christ à travers l'évangile : « La question que nous sommes appelés à nous poser au cours de cette Année est de savoir si nous aussi nous nous laissons interpeler par l'évangile ; s'il est vraiment le vademecum pour notre vie de chaque jour et pour les choix que nous
sommes appelés à faire...Nous devons nous demander : Jésus est-il vraiment notre premier et unique amour comme nous nous le sommes proposés quand nous avons professé nos vœux ? ».


-La vie de communion avec Jésus exige le renouvellement permanent de la conscience de son amour pour chaque homme. Cette vérité est accueillie et vécue à l'aide d'une attitude intérieure d'humilité. Par cette vertu, les consacrés peuvent reconnaitre leurs propres limites et les fragilités des autres en commençant par celles des membres de leurs communautés.
Un cœur qui se reconnait fragile est disposé au pardon, à la réconciliation et à rétablir la vie de communion. L'orgueil, expression de l'individualisme et
l'orgueil prédispose aux critiques et au jugement des autres.


-Dans la vie consacrée, l'esprit d'humilité grandit dans la communion avec l'Esprit Saint. En effet, l'Esprit Saint parle dans l'intimité du cœur. Toutes les fois qu'on sent l'exigence et le besoin de la charité dans la communauté, c'est la voix de l'Esprit qui cherche à se faire entendre. La communion avec l'Esprit Saint permet de dépasser progressivement les obstacles pour recevoir la lumière de l'intelligence et le courage du cœur.


-La communion dans la vie consacrée exige aussi l'attention à la culture actuelle. L'engagement dans la connaissance de la mentalité consiste à distinguer les idées et les comportements qui rapprochent la société à Dieu de ceux qui éloignent de Dieu. Les premiers doivent être encouragés et les seconds purifiés. L'attention à la vie de la société doit s'accompagner de la conscience de son identité, d'un discernement et de la volonté d'opérer
comme des instruments dans les mains de Dieu pour éviter l'influence négative que la mentalité peut exercer sur la vie des consacré.

Parlant de la mentalité actuelle caractérisée par plusieurs formes de divisions, le Pape invite les consacrés à être le modèle de communion :


« Dans une société de l'affrontement, de la cohabitation difficile entre les cultures différentes, du mépris des plus faibles, des inégalités, nous sommes appelés à offrir un modèle concret de communauté qui, à travers la reconnaissance de la dignité de chaque personne et du partage du don dont chacun est porteur, permette de vivre des relations fraternelles...Soyez donc des femmes et des hommes de communion ».

-La Lettre souligne aussi la nécessité de vivre l'esprit de communion au sein des communautés religieuses. Si être consacré signifie appartenir à Dieu, alors les communautés religieuses doivent s'inspirer des relations au sein de la Trinité, modèle idéal de communion.
C'est l'amour trinitaire qui inspire les initiatives pour s'engager sur la voie de la communion.


-La communauté religieuse est un lieu où on doit cultiver la joie. Celle-ci est l'expression d'une communion beaucoup plus profonde, la communion avec Dieu. L'absence de la joie pousse les consacrés à combler ce vide en dehors de la communauté ou en soi-même, surtout dans l'auto affirmation au décrûment des autres : «Que soit toujours vrai ce que j'ai dit un jour : là où il y a les religieux, il y a la joie. Que nous soyons appelés à expérimenter et à montrer que Dieu est capable de combler notre cœur et de nous rendre heureux, sans avoir besoin de chercher ailleurs notre
bonheur ; que l'authentique fraternité vécue dans nos communautés alimente notre joie ».


3.   La communion avec le Christ, espérance pour l'avenir


-Avant de présenter sa réflexion sur la communion dans l'avenir, le Pape François décrit certains problèmes actuels dans la vie consacrée. Il parle surtout de la diminution des vocations, le vieillissement, les problèmes économiques, le relativisme, le sens de la marginalisation dans la société. Un regard attentif s'aperçoit que ces difficultés ne concernent pas seulement la vie consacrée. Elles sont présentes dans toute l'Eglise et dans
toute la société en général.


En face de ces défis qui créent l'incertitude et le sens d'insécurité, les consacrés sont invités à réfléchir sur le fondement de leur identité et ne pas se perdre dans des préoccupations mondaines. Ce fondement, c'est la communion avec Jésus Christ. Pour maintenir la confiance dans l'action du Christ, les religieux sont invités à penser à l'histoire de la vie consacrée. Dans des moments difficiles, la confiance dans l'action du Christ a soutenu la vie consacrée à dépasser les épreuves, à purifier les ambitions humaines et à renouveler leur mission au service de la société sous d'autres formes.

En face des défis et des problèmes, il ne faut pas céder à la tentation de fonder son espérance sur les œuvres, mais plutôt en Jésus Christ :

« L'espérance dont nous parlons ne se fonde pas sur des chiffres, ni sur des œuvres, mais sur celui en qui nous avons mis notre confiance et pour lequel rien n'est impossible. Là est l'espérance qui ne déçoit pas et qui permettra à la vie consacrée de continuer à écrire une grande histoire dans l'avenir...Ne cédez pas à la tentation du nombre et de l'efficacité, moins encore à celle de se fier à ses propres forces...Continuons et reprenons toujours notre chemin avec la confiance dans la Seigneur ».


-La communion pour l'avenir concerne, en particulier, les jeunes consacrés. En effet, les jeunes constituent le présent et l'avenir d'un Institut. Ils constituent le présent parce qu'ils ont beaucoup d'énergie vitale qui, évidemment, doit être nourrie par l'énergie spirituelle.
Ils sont aussi l'avenir, parce qu'ils sont les futures membres et responsables de l'Institut.


Pour assumer mieux leur mission, les jeunes doivent vivre en communion avec leurs autres membres plus âgés. Cette communion
doit se manifester dans l'estime en reconnaissant leurs services rendus à l'Institut pendant beaucoup d'années. Les jeunes sont invités à apprendre d'eux la discipline recommandée dans la vie de la communauté et de leur sagesse, fruit de l'expérience. Les consacrés âgés sont aussi invités à écouter les jeunes et à leur donner la possibilité de commencer leur expérience dans certains services.


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