Fierté d'un missionnaire


Fierté d'un missionnaire

Il y a des gens qui passent leur vie en toute discrétion, sans qu'on leur accorde l'attention. D'autres durant leurs jours terrestres peuvent souffrir sans que personne ne leur vienne en aide ni en terme d'éloge significatif ni en attention particulière. Il suffit qu'ils s'en dorment dans la paix pour que surgissent des hommages inimaginables. Pour d'autres on cherche à afficher partout leur image en manifestant la sympathie qui leur a été privé pendant leur existence. Pour éviter ce paradoxe, il nous convenait de faire le point sur un confrère Carme vivant avant qu'il ne s'envole définitivement pour l'Espagne, sa terre natale.


Qui est Michel GUTIERREZ ?

C'est un carme déchaux d'origine espagnole. Né le 2 janvier 1939, il a émis sa première profession le 06 août 1957, avant de s'illustrer dans le ministère sacerdotal comme Pasteur infatigable, professeur d'université, intellectuel lucide et très fier d'être fils de sainte Thérèse. Il a réussi dans sa vie d'allier l'aspect intellectuel à la pratique, non seulement en enseignant, mais aussi sur le champ pastoral. Il a construit des écoles partout où il a travaillé pour exprimer son souci de l'éducation de la jeunesse congolaise et africaine. Toujours à l'aise de parler des saints du Carmel et bon connaisseur des documents du magistère, il a été très fier d'avoir contribué à la formation des jeunes carmes africains au Congo et il reste l'un de rares confrères d'Occident qui se réjouissent de l'évolution et la croissance du carmel.


Bien qu'il refuse souvent des éloges démesurés, il a accepté d'être considéré comme un missionnaire icône et non idole. 
Avec la Radio Maria RD Congo que nous avons le bonheur de diriger, nous lui avons tendu le micro pour qu'il se dévoile lui-même. Pour gagner l'espace, relisons en premier lieu quelques témoignages des personnes qui l'ont connu de près.


1.Témoignage de la Sr Adolphine Lugamba, religieuse de saint Joseph
Voici en quelques lignes un petit témoignage de ma part pour la vie du Père Michel. Pour moi, le Père Michel est un serviteur de Dieu. Toujours à la recherche des brebis pour les ramener à Jésus. Il éprouve une grande joie qui l'aide à s'oublier lui-même, à se mortifier pourvu que l'âme rencontre Dieu. C'est un Pasteur. Il donne de son temps pour le salut de l'âme, passe sous la pluie pour confesser les sœurs, d'un couvent à l'autre. Il encourage chacune à la vie intérieure. Souvent il répète : « devenez saints ». Cette sainteté c'est dans de petites choses. Il encourage toujours et partage ses expériences spirituelles. C'est un homme qui sait partager avec les pauvres. Nous disons merci à Dieu pour son existence. Grâce à lui nous avons bénéficié de beaucoup de grâces. Quand il a la possibilité de frapper quelque part pour aider la communauté, il le faisait avec foi, nous invitant à faire confiance par l'intercession de Saint Joseph »



2.Fr André Tshibuabua, Carme déchaux : « Vous m'avez demandé un témoignage sur le Père Gutierrez ? Voilà : Miguel est l'un des pionniers de la province de Castille qui sont arrivés à Goma en 1965. Après, comme on voulait commencer le noviciat à Kananga, il est aussi pionnier des trois pères qui ont commencé le Mont Carmel en 1982. C'est un homme scientifique, qui a aimé l'évolution du Carmel africain, jusqu'à supporter lui-même les études de certains d'entre nous. Pour lui, il voulait des hommes scientifiques et spirituels. Un pasteur infatigable, humble lorsqu'il est en faute et capable de demander pardon même à un postulant. Grand professeur.
Pour son arrivée à Kananga, c'est 1972. Il faudrait vérifier cette date. Il a donné cours à Malole, Buena Muntu, Institut de catéchèse, et à l'Est il a enseigné à Murhesa, à Buhimba, Il est même parti à Tshumbe. C'est un homme qui a aimé le travail et qui a stimulé les jeunes au goût de la science.


3.Pour la Sœur Brigitte Kabera, religieuse de la Sainte Famille d'Helmet, Responsable de la Clinique pour la Médiation familiale, à l'Institut Supérieur pour la pastorale familiale, Michel est un
« Bon connaisseur des grands documents de l'Eglise ; il encourageait beaucoup à l'étude et manifestait un vrai amour de l'Eglise ; un bon professeur, compétent et soucieux de se faire comprendre. Il parlait avec fierté des saints, surtout ceux du Carmel. Bon confesseur avec un sens élevé d'esprit de sacrifice.»


Pour nous, Michel Gutierrez est un digne fils de sainte Thérèse.
Sans le dire à haute voix, Michel nous semble avoir bien assimilé l'esprit missionnaire que Sainte Thérèse d'Avila voulut imprimer à ses fils et filles du Carmel.
Le 9 mars 1582, lors de la première expédition missionnaire carmélitaine en direction de l'Afrique, le P. Gracian rédigea     la première patente missionnaire de l'Ordre. Le contenu spirituel de ce document historique a consisté à tracer la figure spirituelle et apostolique d'un missionnaire Carme thérésien.


Il devra être un homme fier de l'Eglise, déterminé, détaché, préoccupé du plus grand honneur et de la plus grande gloire de Dieu ainsi que de l'exaltation de la sainte Foi Catholique avec une ferme détermination de mourir quand s'offrira l'occasion de porter en avant ce désir, sans retourner les yeux à aucune chose temporelle.
Eu égard aux témoignages déjà recueillis auprès de ceux et celles qui ont vécu avec le Père Gutierrez, son profil ne semble pas s'éloigner des traits significatifs d'un bon missionnaire carme.




La dernière oeuvre qu'il laisse à Bukavu, c'est la construction achevée d'une chapelle dédiée à la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité dont la canonisation est déjà annoncée. Cette chapelle a été inaugurée le samedi 18 juin et le 20 juin sera retenue comme jour  de l'ultime au revoir avec la famille carmélitaine de Bukavu. Carmel séculier, soeurs carmélites missionnaires thérésiennes et onze frères carmes ont entouré de leurs affection Padre Gutierrez. Au cours de l'eucharistie qu'il a présidée dans le sanctuaire Notre Dame du Carmel, le Père Michel a exhorté l'assemblée à se soutenir pour la promotion et formation des vocations, la pastorale de la spiritualité et l'insertion dans les paroisses. Un repas d'au revoir a été fraternellement partagé après la messe.



Après tout, nous admirons la bravoure d'un vaillant missionnaire qui a passé le gros de sa vie en Afrique et plus particulièrement en République démocratique du Congo. Le Père Roger Balowe, Délégué général, venu de Kinshasa pour la circonstance a rendu les hommages à celui qu'il a connu comme formateur et collaborateur dans la formation en lui souhaitant un bon voyage. Puisse l'exemple de vie cohérente donné
par Michel Gutierrez nous inspirer dans la manière de travailler
                                                                                                                                                           P. Sylvain MUTOKE, Ocd
                                                                                                                                                    Directeur éditorial de la Radio Maria- Bukavu







1965-2015: 50 ans de vie missionnaire en RD Congo

Le carme déchaux d'origine espagnole, connu sous le nom de Michel Gutierrez, est arrivé en Afrique plus particulièrement en République Démocratique du Congo à l'âge de 26 ans. Un des pionniers de la formation des jeunes carmes africains, après cinquante ans de vie missionnaire, il a accepté de partager son expérience et ses souvenirs avec de nombreux chrétiens de Bukavu.Qu'il nous suffise de le lire d'après les propos livrés au micro de la Radio Maria Bukavu, le 19 mai 2016.

TEMOIGNAGE du PERE MICHEL

Radio Maria (RM): Bonjour  Révérend Père !
Michel Gutierez (MG): Bonjour


R.M. : Révérend Père, voudriez-vous vous présenter ?


M.G. Je suis le Père Michel Gutierrez, Carme Déchaux. Il y a 50 ans que je suis ici au Congo. Tout d'abord, j'ai fait 20 ans dans le Masisi, diocèse de Goma. C'est là où j'ai commencé. J'ai passé quelques 20 jours dans le Rutshuru. Après  Masisi, je suis allé un peu partout. Surtout comme professeur ouvrir le  séminaire de Nyakibanda, au Rwanda,  à la Faculté de  Yaoundé, à  la Faculté de théologie et philosophie d'Abidjan, en Côte d'Ivoire et puis, j'ai fait 4 ans au Kasaï pour  commencer le Noviciat des Carmes Déchaux.


R.M : Voilà, Révérend Père, nous avions appris de votre bouche que vous vous préparez à quitter définitivement l'Afrique et le Congo en particulier. Vos réponses à quelques questions édifieront ceux qui vous ont connu comme missionnaire. Alors   en quelle date êtes-vous  entré au carmel et devenu prêtre ?


M.G. : Je vais vous dire que je suis entré au Carmel le 05 octobre 1952. Par après, j'ai fait la profession en 1966 et j'étais ordonné prêtre  en 1965. Tout de suite, je suis resté seulement 20  jours en Espagne .De là, je suis parti une année en France pour faire encore la Théologie à l'Institut Catholique de Toulouse, et ça fait 50 ans que je suis ici   en Afrique.


R.M. : Alors partant de votre expérience missionnaire,  que vous pouvez-vous partager avec nous?
M.G. : Je dois d'abord vous dire que tout a commencé dans le Masisi et dans le territoire de Walikale où il y a la Paroisse de MUTONGO .Nous avions appris beaucoup de WALIKALE, alors que c'était une expérience plutôt de forêt.


R.M. Alors je vous comprends, il y a eu le haut et le bas, c'est-à-dire vous avez eu un temps de joie et de peine ?
M.G. : Je vais vous dire qu'il y a eu plus de joie que de peine. De joie par exemple ; Quand j'étais dans le Masisi, les Chrétiens de Masisi disent, nous partons dans une zone très loin de Walikale c'est sur une montagne. Jamais nous n'arriverons à temps. Alors je dis c'est peut être 8 à 10 heures de temps à pied et puis j'avais dit demain nous quittons à 5 heure pour y partir. Alors tous les Chrétiens pleuraient et moi je pleurais de joie. Une  autre expérience c'est le moment où je suis allé créer une  succursale en Cote d'Ivoire, accompagné des Chrétiens des autres succursales qui chantaient en pleurant et ils étaient venus de l'Est-Ouest, du Nord et du Sud du Pays .Vraiment c'était une grande joie.


R.M. Révérend Père, Partant de votre expérience, je trouve que vous avez beaucoup travaillé dans la formation des futurs prêtres. Où  et quand ?
M.G.J'ai commencé à Kananga où j'ai travaillé au Noviciat des Carmes et au grand Séminaire Théologicum de Malole. Alors c'est Monseigneur KAMACHUMBI qui m'avait pris comme professeur au grand Séminaire de Murhesa, et ça fait 30 ans que j'ai donné cours là. J'ai aussi dispensé le cours à Buhimba, Goma en philosophie et théologie, au séminaire de Lodja dans le diocèse de Tshumbe et durant cinq ans au grand Séminaire de Nyakibanda  sans oublier 5 ans de profession enseignante, comme je vous l'ai dit, à Yaoundé, Faculté de philosophie et de Théologie, à Abidjan Faculté de théologie qui, pour le moment, sont restés comme le sous université Catholique.


R.M. Quels sont vos soucis et espérance dans le domaine de la formation des futurs agents pastoraux en Afrique et au Congo particulièrement ?
M.G. :. C'est-à-dire, je dois former très bien, en Bible, théologie en philosophie et en pastorale avec beaucoup d'humilité et d'esprit de sacrifice. Un missionnaire doit avoir un esprit d'humilité comme nous dit l'Evangile de Saint Marc Chapitre 9,30-37. Il  y a un esprit de sacrifice, courir toujours derrière le Christ crucifié.


R.M : Alors Révérend Père, quel est l'avenir du Carmel, votre famille religieuse en en Afrique et particulièrement  en République Démocratique du Congo ?

M.G. :C'est  la grande réussite pour moi, j'ai travaillé pour ça en commençant par le Noviciat de KANANGA après, il y avait le philosophat de la RUZIZI ou j'étais professeur de philosophie et jusque là je continue, je serai là le vendredi et samedi pour y donner la métaphysique, la  Theodicée, la philo-médiévale, donc je suis encore professeur la - bas avec 210 heures de cours.    


R.M : Révérend Père, est-ce que on peut dire que votre famille religieuse est un signe d'espérance pour l'Eglise famille de Dieu de la RDC ?
M.G. : Je crois que oui, pourquoi ? Parce qu'il fait 2 ans ou nous avons 4 ordinations, cette année nous avons 2 et l'année prochaine encore 4 c'set-dire je crois nous pensons beaucoup en cela. Nos désirs sont surtout la formation et l'avenir du Carmel en RDC.


R.M. : Révérend Père, vous avez été constructeur, formateur. Vous avez construit beaucoup d'écoles, églises. Pouvez-vous citer quelques unes ?
M.G. : Moi j'ai commencé par le Masisi. Presque toutes les écoles là-bas, on les a améliorées. On a construit les écoles de Masisi et Nyakariba. Après je suis venu à Goma et c'était après le Volcan. Nous avons construit cinq écoles primaires et quatre écoles secondaires. Nous avons fait aussi quelques sources d'eau communément  appelées Chemchem. On fait également l'école Annuarite tout près de Kesherite. Tout près de Keshero, on a fait encore  Louigosague, tout près de la paroisse. C'est-dire on a  essuyé de faire pas mal d'école. Il y a 4 écoles secondaires dans une année après le Volcan et après 5 écoles.


R.M. Révérend Père, vous étiez toujours professeur, toujours en paroisse au service du Seigneur; quelles sont alors les joies  que vous rencontré pour les moments  dans votre mission ?
M.G. :Quand je vois tout ce que j'ai pu faire, cela me donne la joie. Surtout quand je vois le Carmel,  les séminaristes à qui j'ai donné cours,  toutes les écoles .construites, je me dis que ma vie n'a pas été  inutile, mais a servi à quelque chose.Et je vous ai dit que un vrai missionnaire doit avoir un grand esprit d'humilité et de service. Voilà les deux qualités  que je vois dans l'action pastorale.L 'humilité  c'est pour Dieu bien sûre, parce que nous sommes des icônes .Nous ne sommes pas des idoles. L'idole veut être louée pour elle-même. L'icône par contre, dit: pas moi, le Christ, Dieu  et son Eglise. Nous devons devenir les missionnaires comme les icônes et pas comme les idoles.


R.M. : Révérend Père, qu'est-ce que les chrétiens, les amis qui vous ont connu peuvent retenir de vous ?
M.G. : Quelqu'un  peut aimer ce que tu fais et l'autre va te dire que tu n'as rien fait. Aimer avec un esprit de service, d'humilité que Dieu soit loué. Même si on dit du bien ou du mal de toi, l'important est que Dieu soi loué.


R.M. : Depuis  votre existence au Carmel Révérend Père, quels sont les moment de joie et peines que vous avez trouvé ou rencontré ?
M.G. : les peines c'est surtout après   le Concile Vatican II au moment où j'ai vu pas mal des pères quitter le carmel. Parfois ils se sont mariés, parfois ils ont quitté simplement, alors pour moi, c'était une grande tristesse et angoisse. Voir des personnes quitter le carmel après le Concile Vatican II, surtout quatre parmi mes condisciples qui se sont mariés. Un autre est parti en Amérique. Cela a été ma plus grande tristesse.
R.M. : Et les joies ?
M.G.. : Je vous l'ai déjà dit :  la joie comme cette année, j'ai entendu que nous aurons en Afrique 32 Diacres, c'est-à-dire que l'année prochaine, si tout va bien, nous aurons 32 nouveaux prêtres au Carmel. Beaucoup seront de Madagascar, Nigeria, mais nous aurons au Congo 4 qui seront ordonnés alors je veux vous dire que c'est une joie inoubliable. On peut dire, je peux mourir,  je peux partir mais il y a quelqu'un avec le charisme qui va suivre cet esprit.


R.M. : Alors Révérend Père, je ne sais pas si vous avez un message à adresser a vos supérieurs, adresser même aux dirigent de l'église et tous les gens qui vous ont connus.
M.G. : Je n'ai pas beaucoup à dire. On dit, nous les gens qui sont issus de Chabarabe, nous disons que nous ne pouvons pas donner des conseils à un grand monsieur. Seulement avec beaucoup d'esprit d'humilité je le dis, d'aimer l'église, d'aimer le Christ, aimer la situation de  manière folle pour l'église. Le fondateur des carmélites missionnaires thérésienne disait qu'il était fou pour l'église, ce que j'aime aussi.


R.M. : . Votre dernier mot,  Révérend Père Michel !
M.G. : Merci beaucoup, d'avoir pensé à moi. Je vais rester au service de l'église et avec beaucoup d'humilité. Merci à la Radio Maria.


R.M. : Merci beaucoup Révérend Père  surtout pour avoir accepté de parler au micro de la Radio Maia, au nom de toute l'équipe nous disons grand merci.
M.G. :. Alors je dis merci à toute l'équipe de la Radio Maria mille fois.


R.M. C'est nous qui vous remercions.

Sous la coordination de Sylvain Mutoke, propos recueillis par Rodrigue Bisimwa
Pour la Radio Maria Rdc/ Bukavu

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