LE BANQUET PHILOSOPHIQUE

LE BANQUET PHILOSOPHIQUE

   
  
 

Dans une communauté estudiantine on ne laisse jamais la pensée somnoler. On se cultive à travers les lectures. Mais on ne garde pas pour soi-même les fruits de ses lectures et méditation. Voilà pourquoi les Frères Carmes Déchaux, étudiants en philosophie et en théologie, ont l'habitude de faire les exposés. Après le partage sur les œuvres de la Madre en vue de se préparer à fêter le centenaire, les exposés philosophiques et théologiques s'alternent. Ce lundi 20 avril 2015, le Frère Cyrille YAWE étudiant en troisième philosophie nous a partagé le fruit de sa réflexion : « La notion de vérité en philosophie ». Voici l'intégralité de son exposé.
 

LA NOTION DE VERITE EN PHILOSOPHIE

 

Introduction

La notion de «vérité » constitue, aujourd'hui, l'un des problèmes les plus classiques en philosophie. La recherche de la vérité a toujours été au centre des réflexions de certains philosophes au cours de l'histoire de cette science. Comme l'affirme le mathématicien FREGE, la vérité est un concept qui échappe à la définition[1] . Mais l'effet d'échapper à la définition ne signifie pas qu'on ne peut rien dire sur son identité.

Cependant, nous avons appris qu'il existe plusieurs méthodes pour révéler l'identité d'un concept. Ces méthodes sont entre autre l'effet de rapprocher ce concept avec d'autres tels que d'opinons, de désirs, de causes, d'actions, etc. C'est sur base de ces derniers concepts, c'est-à-dire d'action, que nous allons aborder la notion de la proposition vraie en logique.

Les questions qui pertinent notre entendement pour ce sujet sont entre autres : Peut-on parler de la proposition vraie comme concept de la logique ? Pouvons-nous parler de la relation entre la méthode en philosophie et cette proposition vraie ? Les réponses à ces deux questions seront données dans la suite, en parcourant les différents apports des éminents philosophes et logiciens.

Hormis l'introduction et la conclusion, notre exposé aura trois points. Dans le premier point nous parlerons  de la proposition vraie. Et dans  le deuxième point nous exposerons la relation entre la méthode en philosophie et la proposition vraie en logique. Et le dernier point traitera de la croyance et la proposition vraie.

I. La proposition vraie

 Dans ce point l'objectif principal est de répondre à la question de savoir c'est quoi la proposition vraie en logique ? La notion de la proposition vraie, est l'une des questions très délicates qui préoccupe la logique aujourd'hui, étant donné que le logicien est toujours préoccupé par la question de savoir comment discerner le vrai et le faux qui constituent « les valeurs de vérité »[2]. Le discernement sur ces deux valeurs implique le jugement. Et celui-ci à son tour fait appelle à la raison, c'est-à-dire l'homme doit chercher à posséder la raison pour qu'il soit à mesure de porter un jugement. Voilà pourquoi René Descartes affirme que « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée »[3].

Nous entendons ici par proposition toute phrase ou énoncé qui correspond à cette structure propositionnelle donnée par Aristote : c'est-à-dire sujet+copule+prédicat, et qui peut être soit vraie soit fausse.[4] C'est dans ce sens que nous préférons appliquer le terme « vrai » aux propositions que nous retrouvons chez Alfred TARSKI qui pense, aussi,  que toute théorie, tout discours qui prétend être vrai en logique doit expliquer la validité des énoncés.



Notons que cette conception de la proposition vraie est développée, aujourd'hui, à travers la théorie de la correspondance qui est développée par ce logicien éminent (Alfred TARSKI), qui lui a  conféré une forme très classique.

Prenons un exemple qui explique cette théorie : « la neige est blanche» si et seulement si la neige est blanche[5]. Cette proposition est vraie si et seulement si, la neige est blanche. En d'autres termes, quand on affirme, par exemple, que  « Paul est dans la cuisine ou dans le jardin », cette phrase est vraie si et seulement si Paul est dans la cuisine ou Paul est dans le jardin. Cette définition de la proposition vraie provient de la convention T qui s'énonce : X est vraie si et seulement si  [6]

Nous disons que chaque proposition énoncée correspond d'un coté, à un nom individuel qui décrit la structure de cette proposition, et de l'autre côté, à une proposition qui a la même signification que la proposition donnée (ceci exprime, aussi, la figure de la définition que nous venons de donner). C'est ainsi que ces
expressions :  Pour tout x et y, x inclus y et y inclus x.  

  Cette expression ne peut être vraie si et seulement si, pour n'importe quelles classes x et y,     x incus y et inversement. Où à la place de 
   figure le nom d'une expression quelconque (ou d'un objet) qui n'est pas nécessairement une proposition. Comme vous pouvez le constater avec moi, nous venons de réaliser ce que nous avons envisagé comme objectif pour ce premier point. Maintenant voyons, la relation entre la méthode en philosophie et cette proposition vraie en logique.


II. La méthode en philosophie et la proposition vraie

L'objectif poursuivi par ce point est celui d'établir la relation entre la méthode en philosophie et la proposition vraie en logique.

Avant d'être un ensemble des règles, la méthode est, selon son étymologie, une voie, un chemin, d'où la méthode peut être définie comme une marche vers un but selon des règles. C'est dans cette perspective que dans l'antiquité, on parlait de la méthode socratique, qui était une technique dialectique par laquelle il
guidait ses élèves, au moyen des questions qui appelaient des réponses auxquelles on pouvait parvenir à partir d'un savoir préalable.[7] René Descartes
nous parle aussi de la méthode, mais d'une méthode « cartésienne » qui repose sur l'idée que  la proposition vraie ne peut être connue que par degrés et qu'elle suppose l'exercice incessant de la faculté de comprendre.[8] C'est ainsi que Descartes propose la clarté et la distinction comme deux attitudes que doit avoir le philosophe mais aussi comme principales règles pour parvenir à reconnaitre une proposition vraie. Voilà pourquoi il dit qu'il ne faut rien recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle, c'est-à-dire, éviter soigneusement la précipitation d'emmètre un jugement sur des questions qui concernent la recherche de cette proposition; il s'agit, aussi, d'éviter les préjugés, d'accueillir l'évidence de la vérité.  Ces deux attitudes dont parle Descartes, constituent ce que Bernard Williams appelle « véracité », celle-ci trouve sa valeur dans le besoin de trouver la vérité, de s'y attacher et de la dire clairement[9]. Et le Pape Jean Paul II, propose comme méthode pour trouver la vérité, l'ouverture et la considération des idées de l'autre ; car dit-il : « la splendeur de la vérité se révèle dans tout homme »[10] 

Nous pouvons alors comprendre que la méthode implique la notion de la proposition vraie. Et cette dernière est un fruit d'une ou de plusieurs méthodes appliquées. D'où le concept de vérité et véracité chez Bernard Williams.

Après avoir atteint l'objectif fixé pour ce deuxième point, voyons, encore la question de la croyance et la proposition vraie.

III. 3. Croyance et vérité

La certitude fait partie des critères que René Descartes donne pour savoir si ce que l'on dit est vrai. Ce critère invite à un retournement sur soi. D'où le développement
de sa pensée la plus célèbre : cogito ergo sum, qui est une vérité dont on ne peut douter.

Le cogito est la proposition qui énonce la relation qui existe entre l'effet de penser et l'effet d'être[11]. Ce qui explique que, selon Descartes, le philosophe doit avoir en lui-même la certitude  de posséder la vérité avant de croire à ce que l'autre peut révéler.

Bernard Williams, s'érige contre ces réflexions de Descartes. Lui pense que la croyance n'est pas soumise à la volonté. Le philosophe doit enlever de son intellect le fait de penser que sa manière de comprendre ou de raisonner est la bonne ou l'unique qui doit s'imposer. Le philosophe doit, au contraire, manifester le besoin de recevoir des explications sur la vérité de ce qui concerne sa croyance, parce qu'il arrive que le philosophe puisse acquérir des croyances par des méthodes ou des raisons qui n'ont rien à avoir avec la question de leur vérité (des croyances)[12].

Le Pape Jean Paul II, va dans le même sens que Bernard Williams, en disant que la crise au sujet de la vérité s'articule quant l'homme cherche à retourner sur soi-même. Ce retournement a comme conséquence l'existence des plusieurs vérités et non d'une vérité. C'est ainsi que pour le Pape Jean-Paul II, à coté de l'ouverture,
il faut que l'homme soit libre dans la démarche sur la croyance et la vérité. C'est ce que le Christ exprime clairement : « Vous connaitrez la vérité et
la vérité vous libérera » (Evangile selon saint Jean 8, 32). Le pape Jean Paul II veut nous faire savoir que la croyance implique la liberté. Et celle-ci aide l'homme à découvrir la vérité. Cette vérité, une fois trouvée, devient lumière qui éclaire les profondeurs de l'esprit humain, comme dit le psalmiste : «  Fait lever sur nous, la lumière de ta face » (Psaume 4, 7). Cette lumière dont parle le psalmiste est celle qui brille sur le visage de Jésus-Christ quand il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la
vie » (Evangile selon saint Jean 14, 6.). Après cette fixation, que conclure alors ?

CONCLUSION

Notre exposé a connu trois moments : d'abord nous avons commencé  par définir la notion de la proposition vraie en logique. A ce propos nous avons dit que lorsqu'on parle du concept de la proposition vraie en logique, cela renvoie à toute phrase ou énoncé qui correspond à cette structure propositionnelle donnée par Aristote :

 c'est-à-dire sujet+copule+prédicat, et qui peut être soit vraie soit fausse[13], et qui est basée sur la théorie de la correspondance.

En suite, dans le deuxième moment de notre exposé, nous avons établit le lien entre la méthode en philosophie et la notion de proposition vraie en logique, en disant que ce lien se situe au niveau de la clarté et de la distinction entre le vrai et le faux.

Et enfin dans le troisième moment de notre exposé, nous avons exposé la relation entre la croyance et la vérité. Nous venons de le dire, cette relation se situe dans le
rapport entre la conscience, la liberté et l'ouverture, car la vérité est la lumière qui éclaire l'intelligence de l'homme. Et cette lumière est, pour le pape Jean Paul II, celle qui « brille sur le visage de Jésus Christ, lui qui est la tête de l'Eglise. C'est ainsi que l'Eglise catholique devient automatiquement maîtresse de vérité : sa fonction est d'exprimer et d'enseigner authentiquement la vérité qui est le Christ »[14].

BIBLIOGRAPHIE

 

·       
Alfred TARSKI, Logique, sémantique, métamathématique, 1923-1944, Gilles GRANGER, Trad., Paris, Armand
Colin, Tome 1et2, 1974.

·       
Bernard
Williams, Vérité et véracité, Edition
Gallimand, 2006.

·       
Gilbert
HOTTOIS,  PENSER LA LOGIQUE, 2ème
Edition De Boeck Université, 2002.

·       
R.
Descartes, Œuvres complètes, Edition
Adam et Tannery, Paris, Vrin, 1996. Cité par J-L VIEILLARD-BARON, in La
philosophie française. 

·       
Pape
Jean Paul II, Veritatis splendor, la splendeur
de la vérité, Edition. Saint Paul Afrique 1993.






[1] Bernard
Williams, Vérité et véracité, Ed.Gallimand,
2006, p.84.



[2] Gilbert
HOTTOIS,  PENSER LA LOGIQUE, 2ème
éd. De Boeck Université, 2002, p.37.



[3] René Descartes, Discours de la méthode, édition Adam et
Tannery, Paris, Vrin, 1996



[4] Gilbert
HOTTOIS, Op. cit. p.22



[5] Alfred
TARSKI, Logique, sémantique,
métamathématique
, 1923-1944, Gilles GRANGER, Trad., Paris, Armand
Colin, Tome 2, 1974. p.271



[6] Ib.,
p.265



[7] Colin RONAN, Histoire mondiale des sciences, éd.
Seuil, Paris 1988, p.118-119.



[8] R. Descartes, Œuvres complètes, édition Adam et
Tannery, Paris, Vrin, 1996. Cité par J-L VIEILLARD-BARON, in La philosophie
française, p.45. 



[9] Bernard
Williams, Op. cit., p.27.



[10] Pape Jean Paul II, Veritatis spledor, la splendeur de la
vérité, éd. Saint Paul Afrique 1993, p.4



[11]
René Descartes, Op. cit.



[12]
Bernard Williams, Op.cit, p.106



[13] Gilbert
HOTTOIS, Op. cit. p.22



[14] Pape Jean Paul II, Op. cit, p.101


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